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Corée du Sud, les leçons du passé

Ce que la France peut apprendre des autres pays dans la lutte contre le Covid-19 (2/3)

Malgré un pic précoce, la Corée du Sud a réussi à ralentir de manière significative la propagation du virus. Et ce, sans les mesures de confinement prises ailleurs dans le monde.

Chaque expérience passée est une leçon pour le futur, et à cette aune la Corée du Sud a une longueur d’avance sur le reste du monde. Car en 2015, le pays a connu un autre coronavirus, le MERS, un syndrome respiratoire venu du Moyen-Orient, lui aussi hautement pathogène. En nombre de cas comme en décès, la Corée sera le deuxième pays le plus touché après l’Arabie saoudite, où le premier cas humain a été identifié trois ans auparavant.

De cette douloureuse expérience, la Corée du Sud a beaucoup appris, tant dans le suivi des personnes atteintes que dans l’information du public. Et le gouvernement en a tiré une loi de contrôle des maladies infectieuses, lui permettant d’utiliser en période de crise des données GPS et de partager en ligne les lieux géographiques majeurs traversés par les personnes contaminées. Objectif : que chaque citoyen puisse savoir s’il a été particulièrement exposé, et le cas échéant puisse se faire dépister le plus rapidement possible. De nombreuses applications existent pour suivre ses mouvements, surveiller les zones les plus touchées, et interroger régulièrement ses symptômes. 

Car la détection précoce de la maladie est l’une des clés du succès coréen en matière de lutte contre le Covid-19, selon les médecins locaux, et les tests sont facilement accessibles pour la population. Il est d’ailleurs tout à fait possible de se faire tester sans avoir consulté de généraliste au préalable. Les soignants conseillent cependant de prendre contact avec son médecin dès l’apparition des premiers symptômes, car le test n’est pas immédiat. “Il faut six à huit heures pour obtenir un résultat, de sorte que la plupart des gens l’apprennent le lendemain”, explique le Dr Jerome Kim, directeur général de l’Institut international des vaccins.

Le pays a par ailleurs commencé à dépister les voyageurs étrangers dès leur arrivée aux frontières. “Ils vous examinent lorsque vous passez par l’aéroport. Ils vous placent dans un centre de rétention qui ressemble à une chambre d’hôtel, et le lendemain, ils vous communiquent votre résultat, détaille le Dr Kim. Pour les personnes dont le test est positif, il existe des services spécialisés dans les hôpitaux d’isolement où elles se rendent pour recevoir un traitement ou simplement pour se rétablir du virus, loin des membres de leur famille qui resteront eux-mêmes isolés à la maison.”

Une recherche poussée des contacts

Mais la détection précoce n’est pas la seule raison du succès de la stratégie coréenne. Ce travail primordial doit être combiné à l’isolement et à la recherche des contacts. Une fois le patient mis en quarantaine, l’enjeu devient alors de retrouver et de dépister toutes les personnes avec qui il a été en contact dernièrement. “Nous utilisons diverses données, notamment des smartphones, des cartes de crédit et des caméras de surveillance pour retrouver les gens et limiter la propagation du virus”, révèle le professeur Gye Cheol Kwon dans un média britannique. Une invasion dans la vie privée qui aurait de quoi effrayer mais qui, selon lui, ne fait pas débat dans un tel contexte. “Les gens l’acceptent facilement et restent calmes à ce sujet.”

Des tests en masse, l’isolement des patients atteints, la recherche des contacts et la quarantaine, autant de leviers qui ont permis aux Coréens de réagir plus vite et avec de meilleurs résultats que la plupart des autres pays touchés par le Covid-19.

Les médecins soulignent également que l’utilisation de masques faciaux est très répandue et encouragée par le gouvernement, qui a récemment commencé à les rationner afin que tout le monde puisse s’en procurer. Dans un pays très peuplé, c’est un autre moyen de limiter la propagation rapide de l’infection.

Messages officiels : clarté et transparence

Autre levier primordial selon le Dr Kim : la clarté des discours officiels et en particulier des messages gouvernementaux. “Il ne peut pas y avoir de messages contradictoires, ils ne font que semer la confusion dans l’esprit des gens. Le gouvernement doit être transparent, pour expliquer ce qu’il fait, conseille le médecin. Le pire qui puisse arriver, c’est que quelqu’un prenne une décision que vous pensez être mauvaise, et qu’il ne prenne pas le temps de vous l’expliquer clairement et en toute transparence.”

Ainsi, le gouvernement coréen n’a pas hésité à détailler publiquement les données, lorsque celles-ci montraient que les nouveaux cas étaient en baisse, et que la majorité des patients infectés venait désormais de l’extérieur de la Corée. Ce qui a permis de mieux faire passer auprès de la population les filtrages sévères effectués aux frontières. 

Reste que la Corée du Sud, si elle a réussi à freiner largement la propagation du virus (elle est, proportionnellement à sa population, quatre fois moins touchée que la France), n’entend pas lever les mesures restrictives mises en place. Le début de l’année scolaire a d’ailleurs été reporté plusieurs fois, et aucune décision définitive n’a encore été prise à cet égard.

L’Institut international des vaccins, basé à Séoul, évoque un délai de 18 mois avant la disponibilité d’un vaccin viable et à l’efficacité prouvée. Si certaines les restrictions devraient s’alléger d’ici-là, difficile d’imaginer un retour complet à la normale. “Si vous voulez revenir à la situation antérieure, sortir le soir, aller à des concerts, dans des pubs, ou sortir dîner, vous devez vraiment avoir un vaccin”, assure le Dr Kim. En attendant, la Corée du Sud a montré une voie possible pour limiter la propagation du virus.

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